Semi marathon de Genève, une journée inoubliable.

Dimanche 7 mai, 6 heures du matin, il pleut, je n’ai pas beaucoup dormi et je suis très stressée mais pour comprendre pourquoi il faut remonter quelques mois en arrière.

Nous sommes en février, la rencontre entre ma roue de vélo et un rail de tram m’a laissé des séquelles importantes et depuis fin novembre je navigue entre mon chez moi et mes rendez-vous médicaux. Impossible de sortir, il fait trop froid les douleurs nerveuses sont insupportables. Le sport me manque, je pédale dans mon sous-sol mais ça ne me suffit pas. Heureusement les températures remontent et je peux envisager de sortir mes baskets. Mon médecin fait les yeux ronds quand je lui explique que j’ai bricolé un système qui maintient mon bras immobile sur ma poitrine pour courir mais je n’imagine pas à quel point la reprise va être compliquée.
Après quelques entraînements à la fin desquels mes baskets sont proches de terminer dans la poubelle, je décide de me fixer un objectif pour me motiver et une évidence s’impose. Il me faut une course avec les joëlettes et le semi de Genève est idéalement placé début mai. Dans la joëlette, une autre évidence, Jayson. Le courage de ce petit bonhomme m’impressionne et il accepte d’être mon coach. Nous passons un marché, nous nous soutenons tous les deux pour arriver en forme sur la ligne de départ du semi marathon de Genève. Durant les mois qui suivent, il se bat comme un lion, ne lâchant jamais rien et je me sens toute petite devant tant de volonté alors je serre les dents et je continue ma rééducation et mon entraînement.

Nos deux joëlettes seront au départ et c’est Nissrine qui a accepté d’être la capitaine de la seconde. Malheureusement, la veille du départ, elle a dû être hospitalisée et ne pourra pas se joindre à nous. C’est Soraya qui la remplacera en dernière minute.

Nous sommes la veille du départ, il est 23h et le sommeil ne veut pas de moi (comme dirait Patriiiiiiick ;)). Je suis en colère parce que Nissrine est à l’hôpital, elle qui se réjouissat tellement d’être notre capitaine et très stressée parce que les nouvelles de Jayson ne sont pas optimistes et qu’il faut attendre son réveil demain matin pour savoir s’il pourra faire la course avec nous.

Le sommeil ne viendra pas et la pluie se mettra à tomber sur le coup des 5 heures alors que météo suisse n’annonçait que quelques nuages.....

A 6 heures, toute la maison se réveille, il pleut et il fait froid. Pas de nouvelles de Jayon, tous les espoirs sont permis mais avec ce temps je n’imagine pas qu’il passe deux heures sous la pluie.

Le rendez-vous est fixé à 7 heures avec les coureurs. Ils arrivent les uns après les autres et leur bonne humeur est presque contagieuse. Je dis presque parce que je n’ai toujours aucune nouvelle de Jayson et qu’à une heure du départ, je ne sais toujours pas s’il sera avec nous. Même la pluie semble impatiente et se calme.

Un peu avant 8h, un appel de la maman de Jayson. Je n’imagine même pas qu’il puisse arriver mais oui, ils sont en route, c’est un petit miracle, un signe. Quoi qu’il arrive maintenant je sais que nous passerons la ligne d’arrivée tant de fois imaginée, tant de fois rêvée.

Les équipages sont prêts, je suis heureuse de retrouver Alicia, Sandrine, Vincent, Roger, Stéphane, Jean-Marc, Jovan, Charles, Marc, Anthony, DD, Franck et Bruno.

Une fois nos capitaines installés, il faut rejoindre le départ. Nous ne sommes pas en avance et pour arriver à notre sas des 2 heures, il nous faut nous frayer un passage entre les coureurs. Pas facile avec deux joëlettes mais les coureurs nous ferons de la place et nous aurons même droit à des applaudissements fournis. C’est la première fois que cela nous arrive et j’ai les larmes qui montent. Merci aux coureurs, votre accueil nous a touché.

Comme je redoute les coups sur mon épaule, j’ai recruté deux body guards, Anthony et Marc qui, quand ils ne tirent pas la joëlette, resteront avec moi durant toute la course, m’encourageant et protégeant mon côté gauche des chocs. Je suis particulièrement heureuse de les avoir avec moi parce que depuis mon accident, ils m’ont beaucoup soutenue et retrouver Marc dans notre équipe est une joie pour tout le monde. Son accent de l’autre bout du lac nous manquait !

Le départ est donné, j’essaie de me détendre et de prendre du plaisir, de savourer le moment présent et de me concentrer sur le privilège qui est le mien de partager cette course avec Jayson, Soraya et toutes mon équipe. Il me faut oublier les sensations catastrophiques de ma foulée, déséquilibrée par un bras immobile et les kilos accumulés. Les premiers kilomètres défilent. A neuf heures nous faisons une pause médicaments pour Jayson, certains traitements exigeant une ponctualité toute helvétique. Il est en forme, sous sa protection de pluie, je vois ses yeux malicieux, heureux d’être là, loin, très loin de l’atmosphère confinée de sa chambre d’hôpital.

La voilà ma récompense de tant d’heures d’entraînement en connexion avec mes fabuleuses guerrières et mes courageux guerriers, essayant de relativiser les conséquences de mon accident face à l’injustice de leur combat.

On peut compter sur notre Charly qui donne de la voix et met une ambiance de feu dans et autour de notre petit groupe tout de jaune vêtu. Rien ne l’arrête et il n’hésitera pas à plonger dans un champs de blé à peine sorti de terre pour se cacher.

Nous quittons la campagne pour rejoindre le tunnel de Vésenaz et son dj qui donne le rythme pour le plus grand bonheur de nos capitaines.

Reste l’interminable ligne droite qui nous amènera en ville de Genève.

Malgré la météo clémente, il faut bien reconnaître que le public n’est pas très nombreux et l’ambiance le long du parcours est franchement quasi inexistante.

Depuis le 15ème kilomètre je serre les dents, c’est la perspective de retrouver mes ados de La Diag des Etoiles au 18ème kilomètre qui me fait avancer. Après avoir dompté les chemin de La Réunion, ils seront à mes côtés pour terminer cette course bien particulière et entourer Soraya et Jayson. C’est Morgane et Vincent qui se sont chargés de leur échauffement et je suis submergée par l’émotion lorsque je devine au début du pont des Bergues un groupe jaune qui me fait des grands signes.

Impossible de m’arrêter trop longtemps sinon je ne pourrai pas repartir. Je me ressaisis et repars, toujours entourée de mes valeureux gardes du corps, à ma vitesse de tortue.

Toute l’équipe de coureurs a choisi d’avancer ensemble durant toute la course et comme c’est moi qui donne le rythme compte tenu de mon niveau, j’en connais certains qui doivent avoir l’impression d’être plus qu’au ralenti mais c’est vraiment une course solidaire tout à fait dans l’esprit que je souhaite lui donner.

C’est donc entourée de mes deux « petits » et des ados de La Diag des Etoiles que nous terminons ces 21 kilomètres que je n’oublierai pas. Je prends la main de Jayson pour les derniers mètres. Les larmes coulent, l’émotion de cette arrivée franchie malgré bien des obstacles est immense est et en regardant autour de moi, je ne suis pas la seule dont les yeux sont tout mouillés.

Après l’effort, le réconfort et on peut compter sur Roland qui nous a préparé un buffet digne d’un excellent traiteur dans le dojo qui a été très gentiment mis à disposition, permettant aux coureurs de prendre une douche pendant que les familles commencent l’apéro.

C’est de bon appétit que chacun fera honneur au repas, entre rire et gourmandise avant que tout le monde se rassemble pour visionner le film de notre Diag des Etoiles que notre amie Nina a monté avec talent.

C’est tellement bon de se remémorer et de revivre toutes les émotions de cette aventure en tous points exceptionnelle. Un vrai coup de boost pour le moral et l’envie énorme d’y retourner.

Nous enregistrons quelques messages pour remercier Nina et encourager celles et ceux qui auraient dû être parmi nous mais pour qui le combat continue.

Je voudrais remercier très très chaleureusement toutes celles et ceux qui ont fait de cette journée un moment fort en émotion et en partage.

Tous les coureurs et nos valeureux capitaines, Soraya et Jayson, les ados qui ont chaussé leurs baskets pour terminer la course avec nous, les familles qui nous ont rejoints et toute l’équipe qui a installé la salle et notre traiteur Eldora pour la qualité de son buffet. Un grand merci également à l’Ecole de Kung-Fu qui a mis ses locaux à notre disposition.

Un petit mot tout spécial pour toi Jayson qui a été mon moteur pendant ces derniers mois, ton courage et ta force m’ont motivée à chaque moment de découragement. Ta présence à nos côtés est un formidable espoir et j’ai hâte de concrétiser ma promesse d’aller faire le Train des Mines de Disneyland avec toi, mais j’ai encore besoin d’un peu de rééducation pour en profiter.


Merci mon coach !

Enfin, parce qu’ils ont été dans mon coeur et mes pensées durant toute la course et m’ont poussée à me dépasser et à ne rien lâcher, je ne veux pas oublier Tania, Nissrine et Noah à qui je donne rendez-vous pour d’autres courses et de prochaines aventures.

A vous qui avez pris le temps de lire ces lignes jusqu’au bout, merci d’excuser le ton très personnel de ce récit mais je mesure encore plus depuis mon accident, combien ces enfants sont juste fantastiqes de volonté, de courage et de force et combien ils ont été un élément déterminant des premiers mois de ma rééducation. A moi de continuer à me battre pour retrouver l’usage de mon épaule et pouvoir encore leur offrir des bulles de bonheur.



Carole